Entrevue avec Gérald Larose de la Caisse d’économie solidaire Desjardins

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11 Mar

Entrevue avec Gérald Larose de la Caisse d’économie solidaire Desjardins

Dans le cadre du 45e anniversaire de notre membre, la Caisse d’économie solidaire Desjardins, notre coordonnatrice a eu la chance de s’entretenir avec son président, Gérald Larose. Titulaire d’une maîtrise en théologie (1971) et d’une maîtrise en service social (1973) de l’Université de Montréal, M. Larose est surtout connu pour son action syndicale au Québec. Après avoir été à la présidence de la CSN (Confédération des syndicats nationaux) de 1983 à 1999, il est devenu membre du Conseil d’administration de la Caisse d’économie solidaire Desjardins où il occupe la présidence depuis l’année 2000.

Dans cette entrevue, M. Larose nous présente la Caisse d’économie solidaire Desjardins et nous montre à quel point son action est importante pour le développement de l’économie sociale et solidaire au Québec mais aussi le rôle qu’elle peut jouer au niveau international.

Pauline Boinot : Pouvez-vous me décrire la Caisse en quelques mots?

Gérald Larose : La Caisse est une institution d’épargne et de crédit affiliée au mouvement Desjardins. C’est une institution qui s’est constituée au fil des ans. La Caisse actuelle, c’est trois grands sites : Montréal, Québec et Lanaudière auxquels on peut rajouter le grand nord du Québec. Elle compte au-delà d’une centaine de salariés et comporte trois champs d’actions : le financement des entreprises d’économie sociale et des associations, qui représente de 75 à 80 % du chiffre d’affaire, le secteur de l’épargne individuelle, ce qu’on appelle la finance socialement responsable et finalement la promotion de l’économie sociale et solidaire où l’on retrouve tout le maillage et le réseautage, y compris au plan international. Le chiffre d’affaire de la Caisse tourne autour de un milliard et demi de dollars par année et les fonds propres autour de 800 millions de dollars. La Caisse est quand même la 42e
institution la plus importante dans le mouvement Desjardins qui en compte 386.

Pauline Boinot : Quel rôle joue la Caisse en économie sociale au Québec?

Gérald Larose : D’abord nous sommes les seuls à occuper ce créneau de façon spécifique. Notre mission principale est le développement de l’économie sociale et solidaire. Nous nous appuyons sur les réseaux sociaux. C’est sûr que le mouvement syndical est majeur dans notre organisation. La CSN d’abord, mais aussi la CSQ (Central des Syndicats du Québec), le SPGQ (Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec) et récemment l’Union des producteurs agricoles. Il y a donc de grandes organisations de mouvements sociaux avec lesquels on est en alliance et dont on est l’agent d’épargne et de crédit. En dehors du réseau syndical, il y a aussi le réseau de l’écologie, de l’action internationale, des jeunes et le réseau coopératif où l’on retrouve les coopératives funéraires et d’habitation. La Caisse est donc en alliance avec les mouvements sociaux et aussi en accompagnement du développement des activités de ces mouvements sociaux. On a d’ailleurs développé de l’expertise dans le domaine de l’habitation. On est la principale institution qui accompagne le développement des coopératives d’habitation ici à Montréal mais aussi au Québec en général. Notre façon de travailler c’est d’accompagner les initiatives, de les faire grandir et de faire en sorte qu’elles arrivent à maturité et qu’elles répondent aux besoins qui avaient été exprimés à l’origine. La Caisse est une des rares caisses à être présente partout au Québec.

Pauline Boinot : Cette année la Caisse fête ses 45 ans. Quels sont ses plus grands accomplissements?

Gérald Larose : Il faut rappeler que la Caisse moderne est née il y a 45 ans d’une volonté de faire servir l’argent des groupes à des finalités d’activités économiques. À l’époque, il y avait des caisses populaires dans les lieux de travail qui n’offraient que de l’épargne et du crédit. C’est à Québec en 1971 que la Caisse d’économie solidaire a été créée, à l’initiative de Léopold Beaulieu, d’André Lorrain et de Clément Guimond. Au début, la Caisse finançait et développait des projets comme des garages coopératifs ou encore les vacances familles. Par la suite elle a préféré autonomiser ces activités et accompagner des initiatives qui se prenaient dans la communauté. La Caisse est donc partie d’une activité d’épargne et de crédit, qui étaient en même temps une activité d’action communautaire, pour se spécialiser par la suite dans le développement d’outils financiers pour accompagner le développement des activités dans la communauté. Le Cirque du Soleil est un bon exemple de projets soutenus. En effet, n’eut été de la Caisse, ils ne seraient pas là aujourd’hui. Ils avaient fait le tour des institutions, mais personne ne voulait prêter à des clowns. Finalement la Caisse trouvait qu’il y avait là une idée originale qui était susceptible d’obtenir un succès. Le cirque est toujours membre de la caisse aujourd’hui. On pourrait aussi mentionner les Serres coopératives de Guyenne, qui au fin fond de l’Abitibi, ont produit pendant 30 ans des tomates en serres, ayant permis à ce village de vivre décemment. La Caisse a aussi joué un rôle important dans le logement social ainsi que dans l’accompagnement de syndicats. C’est une caisse originale ayant développé des outils originaux pour permettre à des groupes de développer leurs projets ou de faire face à une conjoncture difficile qui, n’eut été de la caisse, n’auraient pas connu les gains qu’ils ont connu par la suite.

Pauline Boinot : Quelles sont les activités de la Caisse à l’international?

Gérald Larose : La Caisse est liée à INAISE, aux Rencontres du Mont-Blanc : le forum international des dirigeants de l’économie sociale et solidaires mais aussi au GSEF (Forum mondial de l’économie sociale) qui va se tenir à Montréal en septembre. La Caisse est aussi très présente aux forums sociaux mondiaux. On souhaite que l’économie sociale et solidaire, dans le cadre de l’économie plurielle, occupe un espace pour que les gens sachent qu’il y a moyen de développer des alternatives, très concrètement à partir de ressources qui de toutes manières existent mais dont l’usage est approprié par d’autres. Pourquoi ne pas avoir un instrument qui puisse permettre de développer les projets qu’on souhaite? On estime que c’est important d’être dans les divers forums, y compris à l’international pour que cette économie, qui promeut des idéaux de justice, de solidarité, d’équité, puisse tutoyer l’économie classique et publique, pour que l’économie redevienne un moyen pour atteindre des finalités et non pas qu’elle tourne sur elle-même au détriment de la satisfaction des besoins de la population.

Pauline Boinot : Comment la Caisse coopère avec d’autres coopératives d’épargne et de crédit à travers le monde?

Gérald Larose : Nous sommes en lien avec un certain nombre d’organisations sœurs, pour s’inspirer et donner des idées et des produits adaptés aux créneaux qu’on occupe. Récemment, on a fait une tournée pour voir comment ça se passe ailleurs au niveau de la gestion interne pour raffiner nos pratiques. C’est important pour la vie de l’organisation.

Pauline Boinot : Finalement, comment êtes-vous arrivé à la présidence de la Caisse?

Gérald Larose : J’ai un itinéraire surtout syndical, j’ai été président de la CSN pendant 16 ans et militant à plein temps pendant 25 ans. À partir de la crise de 1981-1982, on s’est aperçu que si on ne pèse pas d’un certain poids dans le développement économique, on est à la merci d’une économie qui n’a pas pour objectif de répondre aux besoins des populations. Dans cette crise, la CSN a remis en questions bon nombre de paramètres et c’est lors d’un congrès en mars 1985 qu’on a pris la décision de créer nos propres instruments. La Caisse était déjà sur place et on a favorisé le regroupement d’un certain nombre de caisses locales pour faire de cette caisse, devenue centrale à la CSN, un véritable instrument de promotion de l’économie sociale et solidaire. On a aussi décidé qu’on occuperait tous les lieux où s’élaborent les politiques de développement économique et on s’est donné comme politique que les instances régionales participent de plein pied aux divers outils de développement économique des régions. Quand j’ai quitté la CSN, on m’a proposé de devenir membre du Conseil d’administration de la Caisse et un an après on m’a demandé de le présider. Nous sommes quinze administrateurs autour de la Caisse, tous bénévoles, qui nous rappellent que c’est une caisse militante avec une volonté de transformer le monde.